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Prix Fleury-Mesplet 2023 et relève Isatis 2024


Le prix Fleury-Mesplet 2023 est remis à Angèle Delaunois, auteure, fondatrice et éditrice des Éditions de l'Isatis. Un prix destiné à souligner le mérite d’une personne, d’un organisme ou d’une compagnie qui, par son action et son dynamisme, a contribué au progrès de l’édition au Québec.


Félicitations chère Angèle!


Un nouvel envol en 2024: Angèle Delaunois, qui a fondé Isatis il y a maintenant 20 ans, s’est tournée vers Écosociété pour assurer la relève de son riche catalogue pour la jeunesse. Du côté d’Écosociété, maison d‘édition d’essais fondée en 1992, cette acquisition lui permet d’élargir son public. Un mouvement déjà amorcé par la collection d’essais Radar lancée cette année et destinée aux adolescent·es.

Voici le message "Fleury-Mesplet" d'Angèle prononcé au lancement officiel du Salon du livre de Montréal, ce jeudi 23 novembre 2023. Bonne lecture et voyage dans le parcours d'Angèle!


Mes chers amis,

C’est un grand jour pour moi. 35 ans dans l’Édition et 20 ans cheffe d’orchestre à la barre d’isatis, il y a de quoi accumuler une foule de souvenirs. Si j’ajoute à ça une centaine de bouquins écrits au fil des ans, j’aurais de quoi remplir les pages d’une éventuelle autobiographie… rassurez-vous, ce n’est pas dans mes projets.

Durant les 35 dernières années, l’édition a beaucoup évolué. Je ne vous cache rien. Je suis arrivée dans ce beau domaine en 1989, comme une complète innocente. Impliquée depuis plusieurs années dans une association de consommateurs (l’ACQ… même si l’acronyme est presque le même, je ne faisais pas de politique), je me suis retrouvée catapultée au magazine Protégez-Vous comme rédactrice en chef des suppléments jouets et livres destinés à la jeunesse. C’était très festif, juste avant Noël, on testait beaucoup de jouets et on donnait des prix d’excellence et des prix poubelle. Pour ce qui est des livres, je lisais tout ce qui arrivait sur le marché, environ 500 titres par année, principalement des livres qui venaient de France. Il y avait alors 4 ou 5 maisons d’édition pour la jeunesse au Québec. À force de lire les livres des autres, je me suis dit avec une belle inconscience que je pourrais peut-être en écrire, moi aussi. J’ai donc bâti un projet documentaire sur les oiseaux d’ici que j’ai soumis à Monsieur Jacques Payette chez Héritage, qui l’a accepté tout de suite. C’était une chance extraordinaire pour une ignorante dans mon genre, chance dont je ne fus absolument pas consciente.


« Les Oiseaux de chez nous » ont fait leur jolie envolée et j’ai appris mon métier sur le tas. Je me souviens encore des grandes feuilles en carton sur lesquelles il fallait coller les textes, les photos et les illustrations surtout sans trembler, et sans déroger des cadres. Et quand il fallait aller chercher une maquette dans l’entrepôt, c’était la galère !

Nous étions alors à la préhistoire de l’informatique.


Les techniques ont évolué à toute allure (et ce n’est pas fini) et les maisons d’édition se sont multipliées au Québec. Aux 4 ou 5 maisons piliers qui publiaient de la littérature de jeunesse à la fin des années 80, plusieurs dizaines se sont ajoutées depuis au grand bonheur des lecteurs qui s’y retrouvent chez eux. Nos livres voyagent maintenant dans le monde entier, sont traduits dans des dizaines de langues et reçoivent des honneurs tellement mérités. Nos créateurs travaillent partout et leurs multiples talents sont reconnus comme en témoigne le fabuleux automne littéraire que nous vivons. Quelque part, durant ce périple, nous avons quitté notre peau de colonisés de la culture et nous sommes devenus des créateurs à part entière.

Une dizaine d’années chez Héritage comme directrice de collection, six ans chez Tisseyre comme éditrice pour la jeunesse, j’étais prête pour l’aventure d’isatis qui navigue depuis vingt ans cette année avec un bonheur toujours renouvelé. Comme vous le constatez, j’aime les aventures. Celles-ci m’ont permis d’oublier les années qui passent et de garder le cap sur les défis de l’avenir qui seront nombreux.


Grâce à la littérature de jeunesse qui est devenue mon jardin, j’ai rencontré des gens merveilleux. Impossible de les citer tous (on serait encore là demain matin) mais je ne peux pas oublier l’humour unique de Roberto Soulières (qui m’a éditée et que j’ai édité aussi), l’ironie réjouissante d’un Laurent Chabin, les décollages réussis de ma pilote préférée Katia Canciani, le talent de vulgarisateur de François Thisdale (nous avons créé ensemble les 18 albums de la collection Ombilic), la curiosité historique de Josée Ouimet qui dit toujours oui lorsque je lui propose un nouveau personnage pour la collection Bonjour l’Histoire, la tendresse de Paul Martin qui nous emporte joliment dans l’espace, l’extrême raffinement de Nathalie Lagacé, la folie de Philippe Beha qui ne rate jamais son coup, l’engagement féministe de Lucile de Pesloüan, la formidable versatilité d’Andrée Poulin, le dynamisme coloré de Félix Girard, la conscience professionnelle et la précision de Yves Dumont, les fulgurances géniales de Christine Delezenne, l’immense sensibilité de Jacques Pasquet, l’empathie généreuse de Nicholas Aumais, l’enthousiasme contagieux de Roxanne Turcotte… Et tant d’autres qui sont devenus mes amis ! Je pourrai continuer longtemps et toutes mes excuses à ceux que je ne peux nommer.


Il y a eu aussi quelques belles folies d’écriture avec la saga des Monsieur Caca chez 400 Coups… il fallait l’oser ! le tour du monde des enfants de l’eau avec de multiples traductions (dont une bilingue en mandarin et en népalais, oui, oui !), le recyclage en long et en large chez Bouton d’or Acadie, les réécritures des contes classiques chez Bayard, une série de romans fantastiques chez Quintin… et tant d’autres que je remercie de leur ouverture.

On ne peut mener une maison d’édition sans une solide équipe. Donc, c’est l’heure des remerciements. Tout d’abord, merci à Guy, mon amoureux et complice depuis 42 ans (c’est lui qui se tape tous les boulots plates : aller à l’entrepôt chercher les boîtes de livres, les monter à la maison, poster tous les envois de presse – et il y en a des centaines au fil de l’année -, aller négocier avec les institutions, me soutenir le moral). Merci aussi à notre fille Frédérique qui m’a toujours inspirée. J’ai grandi avec elle et, sans elle, je ne serai probablement pas en train de vous parler. Merci aussi à mes adjointes depuis le début d’isatis : Rhéa, Aline, Lucile et surtout France ma mémoire actuelle, spécialiste des tableaux Excel pour que je n’oublie rien… que ferais-je sans toi, chère France… Merci à Hélène notre fidèle et généreuse infographiste depuis les débuts d’isatis (ensemble on a fait 238 livres en vingt ans et elle m’a tant appris). Merci aussi à Sandrine, formidable attachée de presse et à Anabelle, la p’tite maudite des réseaux sociaux. Toutes les deux, elles ont fait rayonner le nom d’isatis… Merci à Arnaud, le spécialiste des virgules à qui rien n’échappe. À notre gang de Dimedia qui porte nos bonnes nouvelles aux quatre coins du pays. Bien entendu, merci aux membres du Jury de ce prix prestigieux et à Olivier Gougeon, le directeur du Salon du livre de m’avoir permis d’être ici ce soir.


Notre monde évolue à une allure folle. Gens de papier à l’origine, nous devons sans cesse nous renouveler, retourner à l’école des nouvelles versions numériques, des livres audios, nous familiariser avec des entités redoutables comme l’Intelligence artificielle… aller toujours plus vite… Je vous avoue que je suis parfois fatiguée et dépassée. Donc, je me permets de vous annoncer une grande nouvelle. À 77 ans, j’ai décidé de passer le relais à une autre maison qui a les mêmes idéaux qu’isatis a toujours mis de l’avant. Dorénavant, Isatis continuera de naviguer dans les eaux d’Écosociété. Chère Élodie, Cher Kevin, je suis heureuse et honorée de vous passer le flambeau.

Attention, ne croyez pas que je vais me contenter d’une petite retraite pépère. J’ai encore des livres à découvrir, des auteurs et des illustrateurs à guider, d’autres à écrire, à travailler, à éditer ou à publier. Je vais rester en selle autant que la vie me le permettra. Mon modèle, c’est Madame Jeannette Bertrand… c’est tout dire !

Vous ne vous débarrasserez pas de moi si facilement.

Je vous souhaite à tous un fabuleux voyage dans ce salon du livre qui est une mine de trésors.


Angèle



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